Le terme Hana désigne la fleur en japonais. C’est aussi et surtout une notion primordiale dans les arts japonais.

Le Japon est un pays insulaire qui a pour très bons amis les tremblements de terre, les éruptions volcaniques et les typhons. Ces contraintes naturelles, mêlées à l’Histoire (c’est-à-dire plus de mille ans de guerre civile d’une société très guerrière et militarisée), ont permis au Japonais de créer et développer une importante culture de l’éphémère (la grande influence bouddhique sur leurs croyances, et deux bombes nucléaires aussi). La culture de l’éphémère se retrouve aussi bien dans les habitations (une maison japonaise sera reconstruite tous les 30 ans) que dans un certain nombre d’arts majeurs (l’ikebana – arrangement floral et le sado – la cérémonie du thé). C’est naturellement que nous parlerons d’Hana (Fleur) pour une personne investie ou dont l’attitude crée une aura particulière.

Ce terme, bien qu’il puisse être appliqué à toute personne jouant son propre rôle, est particulièrement adapté au performer. J’aimerais ici reporter un texte, trouvé sur le net, traitant du sujet.
http://ci.nii.ac.jp/naid/110003714958

Texte original, traduit plus bas.
The Noh-play is an art of performance realized in the theatrical relation between the actor and spectators. Zeami calls the aesthetic value of the performance « Flower ». There are three fundamental kinds of « Flower » as follows.
1. The « Flower » of Body (???) This « Flower » appears in the sensuous qualities of the actor, especially, sweet voice and charming posture, which only the younger possess. But as he grows older, he loses this transient beauty.
2. The « Flower » of Mind (???) This « Flower » comes out at the dimension of performance which harmonizes Mind with Body. At this stage of harmonized Mind-Body attained through the discipline, the actor presents the graceful figure of the Body and expresses the profundity of the Mind. At the climax of the play, spectators sympathize with the deep passion of the personage, contemplating the elegant figure and movement of the actor. Then spectators experience the beauty called « Yugen ».
3. The « Flower » of No-Mind (????) During the course of performance, the actor comes to lose his consciouness controlling the Body and techniques and reach the dimension of No-Mind. No-Mind is the creative subjectivity in human nature. At this stage of performance, the most splendid « Flower » blossoms out.

Le théâtre de Nô est une performance artistique où la relation entre l’acteur et les spectateurs est primordiale. Zeami nomme sa valeur esthétique « Fleur ». Il détermine trois types fondamentaux de « Fleur » :
1. La « Fleur » du corps (? ? ?). Cette « Fleur » apparaît dans les qualités sensuelles de l’acteur, notamment une douce voix et une charmante posture : les qualités associées à la jeunesse. Mais à mesure qu’il vieillit, l’acteur perd cette beauté éphémère.
2. La « Fleur » de l’esprit (? ? ?). Cette « Fleur », à la mesure de la performance, harmonise l’esprit avec le corps. Atteinte grâce à la discipline, cette harmonie révèle la grâce du mouvement et exprime la profondeur de l’esprit. Au point culminant de la pièce, les spectateurs sympathisent avec la passion profonde du personnage, contemplant le maintien et le mouvement élégant de l’acteur. Puis les spectateurs de découvrir la beauté appelée « Yugen« .
3. La « Fleur » de non-esprit / esprit vide (?? ? ?). Au cours de la performance, l’acteur en vient à perdre sa conscience de contrôler le corps et les techniques, et atteint l’état de non-esprit / esprit vide : la subjectivité créative de la nature humaine. À ce point de performance, la plus splendide « Fleur » s’épanouit.

Intéressant, non ? Tout autant pour l’attacheur que pour l’attaché-e…

J’aimerais aussi reporter les écrits d’un grand maître d’aïkido français, Franck Noël (in Fragments de dialogue à deux inconnues, 1996):

Le Maître de flûte disait : « Il faut produire chaque note comme si, à elle seule , elle était tout le concert. »

Le Sensei d’aïkido n’a rien à ajouter à cela.

Habiter pleinement chaque instant. Saisir les harmoniques et résonances de chaque geste dans sa rondeur dynamique ou son pointu perçant. Se garder de spéculer et de se projeter dans les incertitudes du devenir pour simplement être présent et adéquat à chaque moment.

Cette capacité à exister à chaque instant est précieuse et unique, et doit être hautement exploitée dans le Kinbaku.

Dans une culture qui prend l’habitude de dissocier le corps, l’esprit et l’âme, la recherche d’une harmonie et d’une connexion entre ces trois composantes de notre être semble être le vrai défi qu’un occidental peut relever dans un art japonais. Un lâcher prise, un esprit vide mais très présent éveille à l’instant et à l’infini des possibles.

Cette capacité, beaucoup d’entre nous croyons l’avoir, mais c’est souvent quand nous pensons la posséder que nous la perdons et que notre art (l’expression de notre être) devient fade et technique.

Il est d’ailleurs intéressant de voir les pratiquants de tout poil, de tous arts se réfugier derrière des critères de vitesse, technique, puissance, ressemblance selon leurs pratiques (les pratiquants martiaux sont souvent les plus drôles ou… ridicules). Que dire de l’engouement photographique autour des réalisations bondage, qui privilégient le résultat final, dont on se vantera plus tard, à la réalisation elle-même.
Au contraire, se connecter avec son moi profond et le laisser sortir, qu’il soit peine ou joie, plaisir ou douleur… et s’inscrire résolument dans l’instant est certainement un acte curatif. Curatif, car nous sommes tous acteurs d’une société où le présent est si violemment nié.

La pratique régulière du Kinbaku doit, je le pense, s’inscrire dans une logique d’écoute et de communication, mais aussi de développement de son propre être. L’extrême ne se trouve pas dans la complexité technique ou dans l’intensité d’une sensation, mais dans notre capacité a développer l’intimité à l’autre et à soi-même. Terrain fertile pour une fleur !

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on TumblrPrint this pageEmail this to someone