La traduction classique du terme japonais Ai est l’harmonie.

La politesse légendaire des japonais est une des représentations de cet autre élément de leur culture.
Il est très important pour les japonais de lire, comprendre ou ressentir l’état d’esprit de leurs interlocuteurs. Une discussion, un échange, la réalisation d’un projet etc. dépend toujours de l’humeur générale (pas simplement des personnes). L’interlocuteur considérerait comme extrêmement égoïste et destructeur d’agir, parler ou se comporter de façon abrupte à l’inverse du flow général (une telle attitude est souvent le début d’un conflit réel).

L’harmonie est aussi un élément fondamental des arts japonais. La vision d’un jardin convaincra n’importe lecteur. Il n’y a aucun passage abrupt d’un élément à un autre, aussi différents soit-ils.
Rentrer dans un maison japonaise est un parcours qui implique une progression douce d’un univers à un autre.

Ceci représente exactement la notion de Ma-Ai. Le passage d’un élément à un autre, d’un lieu à un autre, d’un état à un autre, de façon naturelle et harmonieuse.

Dans l’aïkido, par exemple, l’étude du Ma-Ai passe autant par la distance entre les partenaires que par la qualité des enchaînements (contact, déséquilibre, immobilisation ou projection). Une bonne distance est ce Ma unique entre deux partenaires où ils peuvent interagir aussi bien pour se protéger qu’attaquer. Un bon Ma-Ai, dans la réalisation de l’enchaînement ou d’une action, est un élément fondamental pour convaincre son opposant de l’inutilité de sa résistance.

Le Kinbaku d’un nawashi se trouve aussi grandi par l’étude de cette notion.

Très basiquement, la qualité de son flow, sa vitesse (et non son empressement ni sa précipitation), sa capacité à garder la cohérence sur l’ensemble du mouvement sont directement liées à cette notion.
Développer des gestes harmonieux pour le passage des cordes ou la direction du modèle est un outil tout aussi utile pour représenter le Kinbaku que pour le faire ressentir, tout comme le contrôle de la vitesse du nawashi dépend de son aptitude à suivre naturellement les formes de sa réalisation et de son modèle.
L’harmonie, aussi bien entre les cordes et le corps du modèle, entre les différentes partie du Kinbaku, entre les différents états/mouvement est un élément fondamental du bondage japonais.

Derrière la notion de Ma-Ai, il y a la notion bouddhique de transformation continue, ou de « l’impermanence ». C’est pourquoi le Kinbaku, selon le Ma-Ai du nawashi et la receptivité du modèle, peut être perçu comme le Zen en mouvement (en considérant la notion de vide asiatique, existe-t-il un autre Zen ou ZaZen que celui du mouvement ?).

Pourtant, nous pouvons aussi considérer que la plus grande représentation et maîtrise du Ma-Ai dans le Kinbaku est « l’espace entre » le modèle et le nawashi, avec une progression qui part de sa représentation physique jusqu’à sa réalité spirituelle, passant évidemment par les états psychiques et émotionnels qui dépendent de la compréhension, de l’écoute et de l’échange de chacun des protagonistes.

Là encore, il s’agit d’état, c’est-à-dire d’espace discontinu, où les notions de temps, raisons, émotions… sont uniques.

L’essence même.

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