Le Ma est une notion primordiale dans la culture japonaise, un principe constructeur des arts, voies…
« Fondamentalement, le Ma est l’intervalle qui existe obligatoirement entre deux choses qui se succèdent : d’où l’idée de pause. » (in Augustin Berque, 1982).

En occident, l’espace est représenté par trois dimensions. Le temps, séparé, est une quatrième dimension qui ajoute à l’espace son évolution. Une vision très spécifique, technique et mesurable de la réalité.

Au Japon, le temps et l’espace sont deux éléments indissociables formant un seul élément fondamental à deux dimensions : le Ma. L’évolution d’une pièce traditionnelle japonaise en est un excellent exemple. Selon les moments du jour, le mobilier change. Futons (literie posée sur le sol), salle à manger, salle d’étude, salle de jeux, lieu pour entretenir des amis, les éléments de la pièce vont changer  pour s’adapter (la quasi totalité du mobilier est pliable, pour un rangement pratique). Le lieu devient donc une succession de plans, d’images. La notion de Ma est l’espace entre ces plans.
Une pièce dans une maison, le silence dans une diction, l’intervalle entre deux choses, deux états…

C’est une vision très différente de l’Occident, car, là où les dimensions sont jugées, mesurées, appréhendées de façon autonome, les japonais ont une vision globale de ces dimensions, rythmée par les pauses, ou les éléments de passage, de transformation.

L’espace s’exprime par la succession de plans, chaque plan ayant son échelle de temps. Cette discontinuité permet (implique) que chaque moment (plan) ait sa propre réalité, ses règles, son propos. Clairement, cette notion du Ma est un élément fondamental du comportement des japonais. Ce qui semble être pour un occidental, au mieux une dichotomie, au pire une schizophrénie générale, n’est qu’un axiome de la psychologie japonaise.

La notion de Ma est un déterminant de la grille de lecture du Kinbaku.
Les préparatifs, l’approche, l’encordage, le résultat, le play, le désencordage, le retour du modèle : chaque plan a un rythme, une histoire. Chaque succession de plans est aussi importante que le plan lui-même. Aucun d’entre eux ne semble prendre plus d’importance, car ils sont des éléments distincts, discontinus. Les pauses, les vides (notions à préciser) sont primordiaux dans la notion de Ma. Une fine compréhension du Ma implique/permet une modularité, une capacité d’évolution du mouvement d’un Kinbaku. Le Ma est un des premiers outils du nawashi pour créer un moment plus qu’une image.

Un moment d’attache n’est pas linéaire, mais marqué par des événements au fil du mouvement : variations rythmiques, jeux de corde, échanges, attentes… Cassant la monotonie, le Kinbaku, dans sa réalisation, devient un cheminement, un voyage, où le modèle perd la notion du temps et de l’espace.
Le nawashi, par son flow, sa vision d’ensemble, connecté à sa présence dans l’instant, est le chef d’orchestre du Ma.
La combinaison des différents plans, la sensibilité des participants représente le volume réel d’un Kinbaku, sa profondeur.

Photo : Gaël L.

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