Photo : Praha 2015 by Petrjedinak, model Lelloli, rigger Yoroï Nicolas.

Le Ma est une notion primordiale dans la culture japonaise, un principe constructeur des arts, voies…
« Fondamentalement, le Ma est l’intervalle qui existe obligatoirement entre deux choses qui se succèdent : d’où l’idée de pause. » (in Augustin Berque, 1982).

En occident, l’espace est représenté par trois dimensions. Le temps, séparé, est une quatrième dimension qui ajoute à l’espace son évolution. Une vision très spécifique, technique et mesurable de la réalité.

Au Japon, le temps et l’espace sont deux éléments indissociables formant un seul élément fondamental à deux dimensions : le Ma. L’évolution d’une pièce traditionnelle japonaise en est un excellent exemple. Selon les moments du jour, le mobilier change. Futons (literie posée sur le sol), salle à manger, salle d’étude, salle de jeux, lieu pour entretenir des amis, les éléments de la pièce vont changer  pour s’adapter (la quasi totalité du mobilier est pliable, pour un rangement pratique). Le lieu devient donc une succession de plans, d’images. La notion de Ma est l’espace entre ces plans.
Une pièce dans une maison, le silence dans une diction, l’intervalle entre deux choses, deux états…

C’est une vision très différente de l’Occident, car, là où les dimensions sont jugées, mesurées, appréhendées de façon autonome, les japonais ont une vision globale de ces dimensions, rythmée par les pauses, ou les éléments de passage, de transformation.

L’espace s’exprime par la succession de plans, chaque plan ayant son échelle de temps. Cette discontinuité permet (implique) que chaque moment (plan) ait sa propre réalité, ses règles, son propos. Clairement, cette notion du Ma est un élément fondamental du comportement des japonais. Ce qui semble être pour un occidental, au mieux une dichotomie, au pire une schizophrénie générale, n’est qu’un axiome de la psychologie japonaise.

La notion de Ma est un déterminant de la grille de lecture du Kinbaku.
Les préparatifs, l’approche, l’encordage, le résultat, le play, le désencordage, le retour du modèle : chaque plan a un rythme, une histoire. Chaque succession de plans est aussi importante que le plan lui-même. Aucun d’entre eux ne semble prendre plus d’importance, car ils sont des éléments distincts, discontinus. Les pauses, les vides (notions à préciser) sont primordiaux dans la notion de Ma. Une fine compréhension du Ma implique/permet une modularité, une capacité d’évolution du mouvement d’un Kinbaku. Le Ma est un des premiers outils du nawashi pour créer un moment plus qu’une image.

Un moment d’attache n’est pas linéaire, mais marqué par des événements au fil du mouvement : variations rythmiques, jeux de corde, échanges, attentes… Cassant la monotonie, le Kinbaku, dans sa réalisation, devient un cheminement, un voyage, où le modèle perd la notion du temps et de l’espace.
Le nawashi, par son flow, sa vision d’ensemble, connecté à sa présence dans l’instant, est le chef d’orchestre du Ma.
La combinaison des différents plans, la sensibilité des participants représente le volume réel d’un Kinbaku, sa profondeur.

Ma is a primordial notion in Japanese culture and a leading principle in the Arts.
“Fundamentally, Ma is the interval which necessarily exists between two things which succeed each other: whence the idea of a pause.” (in Augustin Berque, 1982).

In the West, space is represented in three dimensions. Time, which is separate, adds a fourth dimension: the evolution of space. This is a very specific, technical vision, which can be measured in reality.

In Japan, time and space are two indissociable elements forming one single fundamental element in two dimensions. Ma is the space-time in between. The evolution of a traditional Japanese room is an excellent example. Following the moments of the days, the furnishings change. Futons (bedding placed on the floor), dining room, study, games room, reception room: the elements in the room change (almost all are foldaway so they can be put away easily) in order to adapt. The place then becomes a succession of plans, images. The notion of Ma is the space between these plans/planes. A room in a house, the silence in a diction, the interval between two things or two states.

This is a very different vision from the Western one, where dimensions are judged, measured and understood independently. The Japanese have a general perspective on these dimensions rendered rhythmic by pauses or passing elements and transformation.

Space is expressed via the succession of planes, each plane having its own timescale. This discontinuity enables (implies) that each moment (Plan) has its own reality, rules and reason. On a deeper level, this notion of Ma is a fundamental element in the behaviour of the Japanese. What seems to be (for a Westerner) at best a dichotomy, at worst generalised schizophrenia, is nothing but an adaptation to this vision.

The notion of Ma is highly present in Kinbaku. It appears to be a fundamental element in its interpretation.
The preparations, the approach, the binding, the result, the play, unbinding, the preparation for the return of the model: each plane has a rhythm, a story. Each succession of planes/designs is as important as the plane itself. None of them seem to take on a greater importance, as they are distinct, discontinuous elements. The pauses, the blanks (notion à préciser) are primordial for the notion of Ma. A subtle understanding of Ma enables a modularity, a capacity for evolution, for movement of a Kinbaku. Ma seems to be fundamental element, or the fundamental element of Nawashi for adapting to the moment.

A moment of bondage is not linear, but marked by events that unfold with the rhythmical variation of movement, rope games, exchange and expectations. Breaking the monotony, Kinbaku, in its realisation, becomes a progression or journey, where the model loses any notion of time and space. The Nawashi through its flow, its vision of the whole, connects to its presence in the moment – it is the orchestral conductor of Ma. The combination of different planes and the sensitivity of the participants represents the real volume of Kinbaku, its depth.