Photo : Berlin 2016, model Lelloli, Picture Yoroï Nicolas.

Presqu’inséparable du Ma, la notion d’Oku désigne l’intérieur.

« Un lieu situé profondément dans l’intérieur des choses, loin de leur aspect externe. » (in Berque, 1982).

Au Japon, les lieux sacrés ou importants sont souvent cachés ou difficiles à atteindre. Un temple, dans la profondeur d’une vallée, ne pourra être trouvé qu’après un long et ardu chemin. Les recherches pour connaître ce lieu, le chemin que l’on va difficilement parcourir… toutes ces actions sont aussi importantes que ce que l’on va trouver dans le lieu même.
Aujourd’hui, même dans Tokyo, les bars de qualités, les cercles d’études ne pourront être atteints sans la bonne personne, après une aventure dont la logique est très subjective.
Une idée très présente au Japon est que toute connaissance, action, philosophie est une partie d’un chemin. Ce chemin permet de préparer à ce que l’on va trouver. Il permet aussi d’aiguiser notre curiosité, de nous donner envie de progresser : l’intuition de ce qu’il y après, à l’intérieur, l’Oku.
Couche par couche, la progression nous permet d’être plus proche de notre but (et certaines fois de voir ce point s’éloigner et s’élargir). Il sera facile pour le lecteur assidu de deviner un rythme, des plans différents, des pauses …, que toute cette musique est directement liée à la notion de Ma.
Avoir une vision sur l‘Oku, c’est avoir la capacité de pressentir, deviner les événements, les lieux, les personnes, de voir ce qui est suggéré, ou bien sûr de préparer ce chemin pour d’autres.

En art martiaux, nous pourrions parler des mouvements que font les Karate-Ka, seuls, imaginant un ou plusieurs opposants. En aïkido, l’échange entre les partenaires, souvent associé à une danse, est totalement dicté par des mouvements (potentiels) invisibles / non spécifiés. On bouge ou on accepte un déséquilibre pour éviter une attaque évidente pour les pratiquants. L’Oku : ce qui n’est pas visible, mais suggéré, partie absente mais évidente de l’acte.

Le Kinbaku japonais est lié à cette notion. Dépendant bien évidemment du contexte, de la relation entre les protagonistes, de leurs états (physiques, mentaux et spirituels), chaque élément de l’encordement, chaque pose dans la réalisation, chaque échange, s’ils sont bien orchestrés sont autant de signes sur une suite, ou sur un “pourrait être”. Deux partenaires qui se connaissent bien peuvent largement engager une discussion, non verbale, bien sûr. Deux autres particulièrement réceptifs en feront certainement de même.
Il y a d’ailleurs ici la réalité de l’Oku, non pas sur ce que la forme va devenir, ou ce que les protagonistes vont voir, mais sur ce qu’il vont ressentir. Le passage des cordes, loin de dessiner des formes sur un corps, raconte une histoire à qui sait ou peut la lire…
Comme la plupart des arts japonais, le Kinbaku a une représentation physique pour exprimer une attitude mentale et une recherche spirituelle.
Parfois, l’échange va justement conduire les impressions du modèle de sa perte de liberté physique jusqu’à la dérivation vers un autre monde, une autre réalité, une chimère… cela sans même en avoir conscience. Une progression prodigieusement orchestrée par le nawashi (attacheur) vers cet endroit mystérieux, l’Oku.

The notion of “Oku“The notion of “Oku
Almost inseparable Ma, the word designates Inner world.

“A place situated profoundly in the interior of things, far from their external aspect” (in Berque, 1982).

In Japan, the sacred or important places are often hidden or difficult to reach. A temple, in the depths of a valley, can only be found after a long and arduous journey. The research to find out about this place, the road that we travel with difficulty. All these actions are as important as what we are going to find in the place itself.
Today, even in Tokyo, the sought-after bars, the study groups, cannot be discovered without the right person, without the right initiator, after an adventure in which the logic is highly subjective.
A widely spread idea in Japan is that all knowledge, action and philosophy is part of a journey. This journey enables us to prepare ourselves for what we are going to find. It also enables us to disguise our curiosity and give us the desire to go on. Intuition, what comes afterwards, inside, the Oku.
Layer by layer, the progression enables us to come closer to our objective (and sometimes to see this point draw further away and grow bigger). It will be easy for the assiduous reader to guess a rhythm, on different planes, pauses, and that all this music is directly linked to the notion of Ma.
Having a vision of Oku is the ability to forecast, to guess events, places and people. Having a vision from an intuition. Or of course to pave the way for others.

In the martial arts, we can talk about the movements made by the Karate-Ka, imagining only one or several opponents. In Aïkido, the exchange between partners, often associated with a dance, is entirely dictated by the (potential) movements, invisible or unspecified. Moving or accepting an unbalance, to avoid an attack that is evident for the participants. Oku is that which is not visible. Oku suggests a latent possibility an absent party/something absent and for all that the evidence of the act.

Japanese Kinbaku is obviously linked to this notion. Depending of course on the context, the relationship of the protagonists, their physical, mental or spiritual states, each element of the bondage, each pose in the realisation, each well orchestrated exchange are so many signs of a continuation, or of something which “could be”. Two partners who know each other well can comfortably engage in a non-verbal discussion. Two others who are particularly receptive and attentive to the other will certainly do the same even if they know each other little or not at all.
This is, moreover, the reality of Oku, not regarding what the form will become, or what the protagonists wish to see: rather, regarding what they are going to feel. The movement of the ropes, far from designing forms on bodies, tells a story to those who know, or can read it … and perhaps also to those who seek to read it?
Like most Japanese art, Kinbaku has a physical representation to express a mental attitude and also a physical pursuit.
Sometimes, the exchange drives the impressions of the model, their loss of physical liberty until there is a derivation towards another world, another reality, chimera, without their even being conscious of it. A prodigiously orchestrated progression by the Nawashi (the binder) towards this mysterious place, the Oku.

This image by Nobuyoshi Araki, is in my opinion a good representation of Oku, like most of is work.