Photo Credit : Paris Gibus 2014, Model Sarura Déborah, Photo Sixtine, Rigger & post prod Yoroï nicolas.

Trop souvent traduit en occident (en particulier dans les arts martiaux) par “une chose et son contraire” (opposés), les notions d’Omote et celle d’Ura sont indissociables.

Omote la partie visible, Ura la partie cachée.
Loin de parler d’opposition, nous parlerons de complémentarité.

Omote désigne la face visible ou active d’un état, action, technique, sentiment… C’est ce qui est visible ou ce qui semble se passer.
Ura désigne la face cachée ou la raison du même état, action, technique, sentiment… C’est bien souvent le rapport intime, la raison explicative, le mystère réservé aux initiés.

Pour mes lecteurs assidus, il sera facile de faire une connexion entre la notion d’Oku et cette double notion. Le chemin et l’effort faits, l’objectif et le résultat espéré…

Cette lecture est avant tout liée à la particularité insulaire du Japon et à sa culture très guerrière. Les japonais ont l’habitude d’éviter les conflits, désastreux car jusqu’au-boutistes. La pression de la géographie (20% seulement du territoire habitable, volcans, typhons, tremblements de terre…) et de l’organisation sociale, ajoutée aux risques de conflits rend les japonais particulièrement prudents sur l’exposition / l’affirmation de leurs trésors internes, d’où une dichotomie entre leurs comportements sociaux et leurs raisons d’être.
Omote-Ura.

Nous ne pouvons parler des notions d’Omote-Ura dans la société japonaise sans parler des notions de Tatemae et Honne, exemple très clair :

Tatemae” , littéralement « façade », le comportement, les habitudes et les opinions affichés en public. Le Tatemae, c’est ce qui est attendu par la société (groupe de personnes) selon  la position de chacun et les circonstances (ambiance / humeur générale). Cela peut ne pas convenir à la personnalité de chacun ; ce n’est pas un choix ou une option, mais une attente qu’on ne peut transgresser.

Honne” littéralement « le vrai son », le vrai désir, les vrais sentiments et intentions. Cela peut être (mais pas obligatoirement) le contraire de ce que la société attend. C’est un désir souvent caché, seulement affiché avec des amis très proches ou sous l’excuse de l’alcool (excuse utile pour pouvoir communiquer…).

Dans la cellule familiale, l’homme a le rôle de Tatemae et la femme celui d’Honne : complémentarité du combat (travail, relation social…) et sa raison (famille…).

Nous pourrions continuer notre exposé en introduisant les notions asiatiques de Yin et de Yang, mais de nombreux écrits existent déjà, je vous invite à les lire.

Ainsi les notion d’Omote et Ura créent elles une vision dualiste ? Nous y reviendrons, mais ce n’est en tout cas pas une conception manichéenne de la réalité. Il y a dans cette double notion parfois une idée de contraire et d’opposition, mais surtout une relation d’interdépendance, de transformation, de mutation voire même d’engendrement.

Par exemple, le sabre japonais (comme toutes les épées dignes de ce nom) est conçu sur ce principe. Le tranchant (Omote), effilé qui va menacer, voire couper. Le noyau (Ura), corps du sabre, va lui donner sa force et encaisser les chocs. Deux techniques de forge différentes, deux raisons différentes… L’une et l’autre sont liées. Le tranchant d’un acier cassant a besoin du corps pour encaisser les chocs, le corps est peu efficace seul et ne dispose pas de l’autorité du tranchant.

Interdépendance.

Dans un registre toujours martial, l’aïkido est un art japonais fortement basé sur cette notion.
Premièrement, de façon didactique, chaque technique peut s’opérer face (Omote) à l’adversaire (en prenant un angle, en introduisant un déséquilibre…) ou en se glissant dans le dos de l’adversaire (Ura). L’idée est que si l’opposant ferme une possibilité, l’autre devient évidente.

Deuxièmement, on retrouve cette notion dans le rapport des techniques entre elles. Si au milieu de notre technique l’opposant se ferme et la bloque, il y en a toujours une autre, complémentaire, qui profite de cette nouvelle attitude (par exemple, pour les connaisseurs, Kote-gashi – Irimi-nage).

Transformation et mutation.

Pour rester sur les danses martiales, tout acteur de ces activités comprend que les mouvements effectués, souvent souples et entendus, ne sont que la résultante de mouvements invisibles et très offensifs. Omote ce que je vois, Ura ce que je perçois…
C’est ici que nous rejoignons le concept d’Oku.

Engendrement.

Un mot sur le dualisme. Omote-Ura, deux aspects d’un même état, acte, concept, objet, idée, sentiment… Deux, réellement ?
« Il n’y a pas de faits, juste des interprétations », Nietzsche.
Loin de vouloir donner dans le nihilisme européen, les japonais sont issus d’une culture polythéiste. Les dieux sont nombreux, tout comme les réalités, tout comme les raisons et les conséquences.
Il y a toujours plusieurs Ura, qui vont créer un Omote. Un Ura a la capacité d’engendrer plusieurs Omote.
On a une bonne vision de cela lorsqu’on perçoit le flow des transformations possibles et, si le coeur en dit, que l’on en choisit une.

Et les cordes dans tout cela ?
La philosophie de bar me pousse à écrire les évidences.
L’attacheur et son modèle.
L’image de l’emprisonnement et l’évasion de l’esprit.
La dureté de l’acte et la douceur des cordes.

Nous retrouverons, comme dans les arts martiaux, la complémentarité d’une technique à l’autre :
Les mains bloquées en face du sexe, les coudes près du corps.
Les mains dans le dos avec les coudes au-dessus de la tête.
Un exemple.

L’organisation spatiale du corps. Si la tension d’un muscle ou du corps interdit une forme, il existe toujours au moins un mouvement complémentaire qui permet de profiter de cette donnée.
Un autre exemple.

Nous pourrions parler du chemin des cordes sur le corps du partenaire, les endroits où elles se dirigent naturellement, ceux où elles se bloquent, d’autres où elle se perd, tout cela évoluant évidemment avec les belligérants et les situations.

J’aimerais simplement parler de ces moments, dont j’ai été parfois témoin, parfois acteur.

Deux personnes.
Chacune se prépare.
L’une sort et organise ses cordes, les dispose dans l’espace.
L’autre, peut-être, se déshabille ou simplement se détend, respire, se rend disponible pour la suite.
Une pause, un instant (Ma).
Quelque chose se passe, quelque chose que nous ne pouvons voir,  tellement évident.

L’approche, la prise de contact, le début de la fusion de deux êtres, deux réalités, deux sphères.
La première corde : importante. Un choix, une prise de décision qui ferme certains chemins, mais qui en ouvre une infinité d’autres. Les échanges corporels se mèlent au chaos émotionnel. La discussion est engagée.

Silencieuse mais assourdissante.

Nous allons vivre un moment rare.

Après le flow, celui des cordes, les mouvements du nawashi. L’esprit de l’un qui dérive, porté par les mots du corps. L’esprit de l’autre qui laisse les idées et les intentions apparaître et éclater comme des bulles.

L’instant.

Ils sont tellement loin dans ce monde chimérique.

Il y a après les jeux, les pauses, le désencordage, l’éclatement de la bulle, le retour à la réalité…

Tellement de moments ou d’états liés au moment.
L’acte s’efface devant sa portée, ce qu’il représente, ce qu’il implique, ce qu’il engendre…, et surtout ce que les mots (corrosifs et réducteurs) ne pourront jamais décrire.

Omote et Ura. Une lecture, un concept pour se construire.

Bien sûr, un texte ne nous permettra pas d’avoir une vision acérée de ces notions, seules la pratique, l’observation et l’humilité nous y mènent.

Too often translated in the West (in particular in the martial arts) as: something and its opposite, the notions of Omote and Ura are indissociable.

Omote is the part that is visible, Ura the part that is hidden.
Far from talking about opposition, we are going to talk about complementarity.

Omote refers to the visible or active part of a state, action, technique or feeling. It is that which is visible or seems to be happening.
Ura refers to the hidden part of the reason for the same state, action, technique or feeling. It is often the intimate relation, the reason, or the mystery reserved for the initiated.

For my assiduous readers, it will be easy to make a connection between the notion of Oku and this double notion. The road travelled and effort made, the objective and desired result…

This reading is above all linked to the insularity specific to Japan and its highly warlike culture. The Japanese habitually avoid conflict, disastrous since it is taken to an extreme. The pressure of geography (20% of the territory is habitable, volcanoes, typhoons, earthquakes) and social organisation, added to the risks of conflict, makes the Japanese particularly prudent when it comes to revealing or affirming their inner treasures.
Whence the dichotomy between their social behaviour and raisons d’être.
Omote-Ura

We cannot talk about the notion of Omote-Ura in Japanese society without talking about the notions of Tatemae and Honne:

Tatemae , literally, “façade”, the behaviour, habits and opinions shown in public. Tatemae is that which is expected by society (a group of people), following each person’s position and circumstances (atmosphere, general mood). And this can be in disharmony with each person’s character. It is not a choice or option, but an expectation that cannot be transgressed.

Honne, literally, “The True Sound”, the true desire, feelings and intentions. This can be (but not necessarily) the opposite of that which is expected by society. It is a desire often hidden and only expressed with very close friends or under the influence of alcohol (a useful excuse for enabling communication…)

In the family unit the man has the role of Tatemae and the woman that of Honne. Complementarity, combat (work, social relations, etc.) and its reason (family).

We could continue our discussion by introducing the Asian notions of Yin and Yang. However, numerous essays already exist on this subject and I recommend you read them (example of Wikipedia).

Yet, is the reading following the notions of Omote and Ura a Dualistic vision? We will return to this, but in any case, it is certainly not a Manichaean conception of reality. There is sometimes an idea of opposition in this double notion, but above all it is a relation of interdependence, transformation, mutation and even engendering.

For example, the Japanese saber (like all swords worthy of their name) is built according to this principle. The cutting edge (Omote), sharpened, which will threaten, even cut. The core (Ura), the body of the sword will give him its force and carry shocks. Two different forging techniques, two different reasons. Both are linked. The edge of a brittle steel needs a body to carry the shocks, the body is not very efficient alone and does not possess the authority of the cutting edge.

Interdependence

To continue along the lines of the martial arts, aikido is a Japanese art that is necessarily based on this notion. Firstly, in a didactic way, each technique can be carried out by facing up (Omote) to the adversary (in adopting an angle, introducing an unbalance, etc.) or in coming up behind the adversary (Ura) the idea being that if the opponent closes off one possibility, the other becomes easy.
Secondly, we also come across this notion in the relationship of movement to one another. If, in the middle of our movement the opponent closes up and blocks it, there is always another, complementary move which benefits from this new attitude (for example, for the connaisseurs of Kote-gashi – Irimir-nage).

Transformation and mutation

To remain with martial dances, all participants of these activities understand that the movements carried out, often supple and stretched out, are nothing other than the result of invisible and very aggressive movements. Omote is that which I see, Ura that which I perceive. It is here that we link up with the concept of Oku.

Engendering

A word about the dualism. Omote Ura, two aspects of the same state, action, concept, object, idea, feeling… Really two?
“There is no such thing as facts, only interpretations.” (Nietzsche)
Far from wanting to give into European nihilism, the Japanese have a polytheistic culture. The gods are numerous, as are the realities. Just like reasons and consequences.
There are always several Ura, which will create an Omote. An Ura has the ability to engender several Omote. A refined vision of this is to perceive the Flow of possible transformations and, if your heart tells you so, to choose one.

And what about ropes in all this?

Pub philosophy leads me to note the following obvious facts:
He who ties and his model.
The image of imprisonment and the evasion of the mind.
The roughness of the act and the softness of the ropes.

 

We find, as in the martal arts, the complementarity of one technique with another:
The hands locked opposite the genitals, the elbows close to the body.
The hands behind the back with the elbows above the head.
An example.

The spatial organisation of the body. If the tension of a muscle of or the body prevents a form from taking shape, there is at least a complementary movement that enables one to take advantage of this fact.
Another example.

We could also talk about the course of the ropes on the partner’s body, the places where they are naturally heading, those where they are blocked and others where they lose themselves. All that clearly evolving according to the warring parties, the situations.

I would simply like to talk about these moments, in which I have sometimes been a witness, sometimes an actor.

Two people.
Each is getting ready.
One comes out and organises his ropes, spreads them out in the space, organises them.
The other, perhaps, undresses or simply relaxes, breaths, readies himself for what is to come.
A pause, an instant (MA)
Something happens, something we cannot see, but which is obvious.

The approach, the making contact, the beginning of the fusion of two beings, two realities, two spheres of being.
The first rope, its importance, a choice, a decision made which closes off certain paths, but which opens an infinity of others. The bodily exchanges, mixing with emotional chaos. The discussion has begun.
Silent but deafening.

We are going to live a rare moment.

After the flow, that of the cords, the Nawashi movements. The spirit of one which drifts, carried by bodily words. The spirit of the other which enables the ideas, the tensions appear and burst like bubbles.

The instant.

They are so far gone in this chimeric world.

After the games, the pauses, there is the untying, the return to reality, leaving the bubble of this world…

So many moments or states linked to the moment.
The act effaces itself before its range, that which it represents, that which it implies, that which it engenders… And above all that which words (corrosive and reductive) can never write.

Omote and Ura. A reading, a concept to construct oneself.

Of course. It is not a text which will enable us to have a clear vision of this, but rather practice, observation and humility.