Rappel de l’existence de notre être par notre corps, dans notre corps, pour notre corps ?

Rituel, deux partenaires (Dualité de mes souvenirs) :

D’abord un lieu, un espace orchestré pour la pratique, une zone où elle aura lieu : dojo, espace de travail, scène, pièce dégagée… Qu’importe ! Préparation, prises de dimension, le rituel du territoire, se situer dans cet espace, se situer par rapport aux autres (s’ils sont là), se situer par rapport au(x) partenaire(s), se centrer. S’installer, calmer le jeu, respirer.

L’excitation du début, ne pas savoir ce qui va suivre et en même temps, l’acte qui va commencer, savoir qu’on est venu le chercher. L’observer, le laisser prendre contact avec le lieu, le laisser en faire son terrain de jeu. Etre disponible, se relaxer, s’en vouloir de ne pas être suffisamment détendu, accepter d’être la victime de son quotidien, venir s’offrir pour en être libéré. Attendre que ses yeux se posent sur moi, attendre l’ouverture, attendre pour m’investir totalement et oublier un peu tout cela.

Regarder, Observer et Peut-être Voir. Imaginer les possibles, les mouvements, se souvenir des règles, des façons de faire, et oublier tout cela. Chaque image est une bulle méditative, ne pas choisir et se concentrer sur notre intention. S’y accrocher, fermement. S’emplir, te regarder, s’ouvrir, agir, cela a à peine commencé que l’on est dépassé.

Sentir son attention, savoir que ça va commencer et être dans cette attente insoutenable. Puis un regard, un premier pas, une prise de contact, ou simplement une invitation qui répond à la mienne. Nous ne sommes peut-être pas encore en contact, mais la bulle est déjà formée. Il bouge, je bouge. Il respire, je respire. Le premier contact, une explosion émotionnelle qu’il faut contrôler, parce c’est aussi une explosion d’informations. Mon corps sait déjà. Le rythme, la direction, le sens. Il me surprendra, mais il m’a déjà tellement parlé.

Les premiers instants sont toujours les plus délicats. Les possibles sont toujours infinis, mais tellement restreints, restriction qui sera une base, un socle ou un point de départ à la discussion qui va suivre. Trouver un angle, induire un déséquilibre, étonner… mais aussi faire durer le moment : jouissance ! Le premier toucher, significatif de la substance de l’échange à venir. Déchiffrer un corps ou simplement l’apprécier : ambition de comprendre l’autre réalité corporelle, émotionnelle. Se fier à son instinct. Lâcher le surcontrôle, l’intuition prenant le pas sur la réflexion.

La fin m’est bien connue, parfois désirée, mais les années de pratique me font me concentrer sur le chemin. Donc ne pas lâcher : ma tension comme mon relâchement. Être présent, garder mon axe mais ne pas refuser. Se relâcher encore, pour me concentrer sur lui. Préserver mon espace pour captiver toute son attention, être plein de lui par ce simple point de contact. Articulation, dont il use, dont j’use, dont il use…

Rituel de domination ou de soumission. Donner la direction du mouvement : Dominer. Direction qui s’inscrit dans son mouvement naturel : s’Adapter. Servir l’autre dans son plaisir, son évolution, s’accorder de son intention : se Soumettre.
Subtil dosage.
Garder la tension entre les protagonistes : comprimer, bander, proposer, recevoir, écouter, récuser… Transmuter !

Se perdre, perdre la notion de l’espace, des autres, de nous. Nos souffles se mêlent, inlassablement nos corps (coeurs) se sont rapprochés. La réalite a changé, la physique aussi. Où sont mes points d’appui ? Ma stabilité s’organise autour de ceux qu’il me propose. C’est irréfléchi, mais nous avons atteint le moment où le sol me parait être un contact si futile comparé à lui. Nos sueurs se mélangent, liant à la fois souple et solide. Ce que je vis n’a plus d’autre sens que l’instant.

Calmer la situation, se calmer, chercher loin l’énergie dans le sol. Fixer la situation, peut-être la mener à son développement final, jouer sur le doute, mais calmer. Prendre du recul, revenir à une vision périphérique. Garder le contact. Juger : conclure ou reprendre la danse ?

Epuisé, cette pause est la bienvenue. Reprendre son souffle, tenir sa position, peut-être proposer…

Entre à nouveau dans la danse puis laisser le développement naturel arriver.

Se laisser porter par le jeu, jusqu’à désirer le dernier, en ultime libération.

Corde, danse, art martial… activité humaine, activité humanisante ?

Photos Crédits : Shoot ??, Model Sarura Déborah, Rigger Yoroï Nicolas, Helsinki 2015