縄 Nawa ou la corde

Un bon artisan a toujours de bons outils.

La corde, appelée Nawa en Japonais, est l’élément physique fondamental de notre pratique. Elle sert autant à délimiter un espace, qu’à construire un cocon pour écrire une nouvelle réalité. Elle est aussi le véhicule de notre communication. Notre choix sur sa matière, couleur, longueur et nombre est bien sûr primordial. D’ailleurs, la première question (ou l’une des premières questions) de l’étudiant, c’est “ Quel type de cordes utilise-t-on en Nawa-Shibari (littéralement Attacher avec des cordes) ?

  • Les matières de base sont le chanvre, le lin et le jute. Le chanvre est le plus résistant, mais aussi le plus lourd et le moins précis. Beaucoup d’attacheurs lui préfèrent le jute qui donne un petit côté authentique moderne. (Personnellement, j’utilise le chanvre ou le jute suivant les périodes)
  • La longueur : les conseils de base sont d’attacher avec des cordes en chanvre de 7 mètres pour les femmes, 8 mètres pour les hommes et les Occidentales (diamètre de 6 mm). Pour ma part, je préfère les doubler et mesurer deux fois mon envergure plus un petit peu. Elles sont donc adaptées à mes mouvements et à la forme de mon corps.
  • La couleur : les couleurs peuvent être liées aux saisons, mais nous ne sommes pas Japonais. Je serais plus sur un questionnement concernant le type de personne et l’atmosphère dans laquelle je vais attacher. La couleur peut compléter aussi bien l’effet psychologique qu’esthétique des cordes.
  • Le nombre : quand j’ai commencé à étudier avec Arisue Go, il m’a conseillé d’utiliser un jeu de 5 cordes plus une plus courte, pour compléter une figure ou pour attacher une ligne de base de suspension.

On peut acheter des cordes déjà préparées, ou les préparer à partir du matériau brut.  Le but étant de débarrasser la corde de tous les agents chimiques liés à sa fabrication, puis de l’assouplir et de l’adoucir.

Les phases du traitement :

Couper les cordes : couper les cordes à la longueur que vous souhaitez obtenir (souvent entre 7 et 8 mètres) plus 50 cm. La plupart des matériaux de base vont rétrécir à la prochaine étape donc c’est une bonne idée d’avoir des cordes un peu plus longues. Sur la longueur de corde, il existe plusieurs écoles. Personnellement je préconises qu’elles soient adaptées à la taille de la personne qui attache, et non pas de son ou ses partenaire. Un bonne taille, sur une corde doublée/pliée en deux, est de deux fois l’amplitude complète des bras, plus un petit quelque chose. Cela permet de développer une fluidité dans ses gestes.
(Il est aussi important de faire des nœuds au bout des cordes pour la suite des traitements, comme pour attacher)

20141102-Yoroishibari-préparation.corde.chanvre.juteFaire bouillir la corde :  c’est une étape importante, elle permet de se débarrasser de tout agent chimique qui a été utilisé pendant la fabrication de la corde. Elle va aussi être importante en rendant la fibre plus large et donc en transformant vos shibari en moments plus confortables.
Pour cela, il faut faire bouillir de l’eau et plonger les cordes à l’intérieur. La cordes doit être complètement recouverte. Dix minutes semblent un grand minimun. Arisue Go, recommande 30 minutes minimum. Recommencer l’opération autant de fois que voulu (en vidant l’eau à chaque fois).
Personnellement, je fais généralement bouillir 45 minutes mes cordes.

20141102-Yoroishibari-préparation.corde.chanvre.jute-4Rincer et sécher : les premières fois, on oublie bien souvent le rinçage, mais c’est une étape importante. Cela permet de finir de nettoyer la corde et de revenir à une couleur plus claire (bouillir assombrit souvent la fibre). Pour faire cela, il suffit de la passer sous l’eau courante ou de passer dans différents bain d’eau claire et propre.
20141102-Yoroishibari-préparation.corde.chanvre.jute-3Pour le séchage, pour gagner du temps il peut être intéressant de les essorer dans un panier à salade. Il est aussi très intéressant de les étirer avant de les faire sécher. Cela permet de ne pas perdre trop de longueur mais aussi d’étirer la fibre, ce qui permet d’avoir des cordes plus « visuelles ».
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Dernier point, concernant le séchage en lui même, il est important de lester vos cordes quand vous les faites sécher. 2 kilos semble un minimum. Le séchage peut prendre plusieurs jours mais si vous êtes dans un lieu suffisamment sec et ventilé, et si vous les avez essorées, une à deux journée devraient être largement suffisantes.

Assouplissement et adoucissement : c’est une étape importante qui permet de bien prendre en main votre corde, mais aussi d’en personnaliser les sensations.

  • 20140413-Yoroishibari-préparation.corde.chanvre.juteTordre la corde : passer la corde à travers un point, la tordre sur elle-même le plus fermement possible dans le sens des aiguilles d’une montre, puis la tordre dans l’autre sens. Répéter l’opération dans les 2 sens à plusieurs reprises, en doublant et triplant la corde.
  • Rassembler la corde en boule et la pétrir en tous sens (vous pouvez aussi la placer dans un sac de toile).
  • Frotter la corde contre elle-même. Cela permet de réduire et adoucir la corde, c’est un étape importante. Après avoir passé la corde à travers un point, l’enrouler sur elle-même trois fois sur une petite portion, faire des va-et-vient, puis décaler à la portion suivante. Faire un passage d’un bout à l’autre, puis un second en sens inverse.
  • Étirer la corde en utilisant le poids de son corps, à partir d’un point au travers duquel la corde est passée (prévoir un point suffisamment solide donc). Il est tout aussi utile de doubler puis tripler la corde dans cette opération.

Huile, Wax et flamme : une autre étape importante qui permet de réduire les aspérités de la corde, mais aussi de l’assouplir et l’adoucir.

Pour les huiles, il existes plusieurs possibilités. Au Japon, j’ai utilisé l’huile de crin de cheval vendue en pharmacie que les japonais peuvent utiliser pour les cheveux. Puis de l’huile de camélia à la fin. En Europe, il est assez facile de trouver de l’huile de vison.
Les végans pourront aussi utiliser des huiles totalement végétales en premières huiles. L’huile de coco semble bien fonctionner.
L’application est assez simple en mettre un peu au creux de sa main et passer la corde dans toute sa main (bien fermée). L’idée est surtout de ne pas trop en mettre et de répéter plusieurs fois l’expérience dans les deux sens.
Généralement, on commence par l’huile de crin de cheval (ou de vison ou de coco), on effectue l’opération 5 fois, on fait sécher et on rajoute l’huile camélia à la fin de toutes les opérations une seule fois dans les deux sens.

20140816-Yoroishibari-préparation.corde.chanvre.juteIl peux être aussi très utile de cirer sa corde et de la brûler. La cire doit être appliquée comme l’huile, avant de passer la corde sur une flamme, cela permet qu’elle fonde à l’intérieure de la corde. Encore une fois très peu de cire au creux de la main est largement suffisant.
Ensuite, on passe la corde juste au-dessus d’une flamme de cuisinière ou de réchaud à gaz (éviter la bougie) afin de brûler les fils qui dépassent (travaillez dans un espace bien ventilé). Puis avec un morceau de tissu humidifié et non abrasif, on frotte la corde dans toute sa longueur afin de la débarrasser des restes brûlés.
La vitesse à laquelle on passe la corde au dessus de la flamme est importante, elle agira sur la couleur de la corde ! Plus elle sera lente, plus la corde sera sombre.

Il est important pour les huiles et les wax de choisir des produits de bonne qualité sans agent chimique. Il peut aussi être utile de se renseigner sur les allergies de votre partenaire !

Entretien :

Il suffit tous les vingt ou trente shibaris de répéter les étapes d’adoucissement (en particulier frotter la corde contre elle-même).
Mais aussi, parfois, de repasser de la wax et brûler votre corde.
Sauf faiblesse particulière ou accident, une corde utilisée quasi quotidiennement a une durée de vie d’au moins un an.

Mais n’oubliez pas :  si vous n’êtes pas sûr d’une corde,  changez la, c’est bien mieux !

En conclusion et la méthode hard :

Plus on personnalise sa corde, plus on personnalise son Kinbaku. On peut bien sûr personnaliser son kinbaku par d’autres méthodes, mais je crois que l’attention que l’on porte à ses cordes est importante.
Il y a aussi l’école de préparation des cordes qui conseille de simplement bouillir et sécher ses cordes, puis de les adoucir par la pratique et le sébum de la peau du partenaire. C’est un peu rustre, mais pas inintéressant en terme d’appropriation de la corde et de sensations fortes !

Et surtout, n’oubliez pas que le plus important c’est de s’amuser ! La préparation des cordes peut d’ailleurs être une bonne méditation.

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