Lexique // Glossary

Dans l’étude d’un art, il est important que tous les participants disposent d’un vocabulaire commun. Un peu comme à la belote, notre activité peut provoquer des polémiques sur les terminologies. En ce sens, ce lexique ne se veut pas universel ; il admet des accommodations avec la langue japonaise et se veut spécifique à notre façon de pratiquer. Le but de ce lexique est d’améliorer la fluidité de nos échanges dans notre dojo. Il est écrit comme essentiel plutôt qu’encyclopédique. Nous utiliserons la langue japonaise pour nous accorder sur les origines de nos pratiques (mais pas pour nous limiter), mais aussi pour pouvoir utiliser des mots-concepts plutôt qu’un vocable descriptif. L’intérêt réside dans le fait de toujours éveiller la recherche dans l’étude. Ce lexique s’organise de façon thématique, puis alphabétique (ou pas). Il pourra être complété, corrigé, notre but étant toujours de le développer sur le long cours. Sommaire

  1. Généralités
  2. Forme de travail
  3. Concept de travail
  4. Figures
  5. Culture japonaise

Généralités

  • Do – 道 : (Comparable au Tao chinois) « la voie, le chemin, la route ». Il désigne un concept philosophique, que l’on peut nommer « Principe Universel » ou « Principe naturel ». Il est considéré aussi bien comme la matrice préalable au passage du souffle originel au sein de l’univers que comme présent dans tout ce qui le compose : du plus grand au plus petit, du plus ancien au plus contemporain, du plus physique au plus virtuel… Étudier un Do, c’est approfondir une discipline bien au-delà des mots, de la technique et de ses manifestations ; c’est étudier le principe originel dans une de ses manifestations les plus spécifiques et particulières. Le but est de le découvrir, et de faire toute chose sienne. Le Do ou le Tao n’est par essence pas verbalisable/définissable.
  • Kinbaku – 緊縛: C’est l’art japonais d’attacher rapidement avec des cordes. Son domaine d’application premier est la recherche esthétique à travers l’érotisme d’un être attaché. L’expression de cette discipline est large : on peut y retrouver les voyages initiatiques comme les sexualités les plus diverses, mais aussi la méditation, le développement personnel, le réveil de la conscience corporelle, les transes, la danse… Il est souvent propre à chaque personne qui le pratique. Ce que l’on expérimente dans les cordes est unique.
  • Nawa  縄: La corde, c’est l’élément principal de notre art, outre les protagonistes et notre volonté. Dans notre dojo, on utilisera de préférence des cordes naturelles en chanvre, jute ou lin. Nous préférerons les longueurs de 7 mètres et 5 mètres, les diamètres de 6mm. Les cordes devront être nettoyées de leurs agents les moins naturels, assouplies et adoucies. Leur état et leur résistance ne souffrent aucun compromis.
  • Tori – 取り: « Prendre ou choisir ». Il est celui qui fait la technique dans l’étude. Il est extrêmement dépendant d’Uke, son partenaire dans la construction et la réalisation du moment ou de la technique de kinbaku. Il ne peut prendre que ce qu’Uke lui offre (ou a à lui offrir) et ne peut choisir que les possibles d’Uke.
  • Uke – 受け « recevoir ou subir ». Il est celui qui donne cœur à la technique et la vit. Il est le domaine d’expression de Tori. Loin d’être passif, il est primordial : sa compréhension, sa conscience et sa capacité à vivre son rôle donnera tous les possibles exploitables par Tori. Il recevra plus qu’il ne subit l’action de Tori (qui pourra/devra être générée par sa propre action/volonté). Sa capacité à recevoir, transformer, réagir, discuter avec Tori donnera le champ des possibles.
  • Uke et Tori sont interdépendants : si leurs actions semblent différentes, les principes qui les régissent se rejoignent et doivent, dans un idéal, être les mêmes. Le Kinbaku, même avec une énergie d’affrontement (positif) est un art coopératif.
  • Shibari (Shibaru) – 縛り: C’est le verbe qui désigne l’action ou la volonté d’attacher. Il existe plusieurs formes qui traduisent différents états ou actions. Il s’applique autant au kinbaku, qu’aux colis postaux et lacets de chaussures. Le bondage japonais est souvent désigné par le nom de Shibari ou NawaShibari (au Japon ou ailleurs).

Forme de travail

  • Taichi Waza : Travail debout. C’est une forme de pratique où les deux partenaires sont debout. Cela permet de faciliter l’étude des formes et principes de base, de préparer une suspension facilement(Tsuri), de pratiquer une forme de Kinbaku-Danse…
  • Suwari Waza : Travail assis. C’est une forme de pratique où les deux partenaires sont assis à la japonaise et se déplacent en conservant cette posture. Elle est très importante dans l’étude. Elle permet de déveloper sa conscience corporelle, son axe, ses hanches, son centre (Hara).
  • Ne Waza : Travail au sol. C’est une forme de pratique où l’on va conserver le Uke au sol, souvent allongé dans plusieurs positions. Elle revêt un caractère intense, qui permet aussi bien de naviguer sur les échanges émotionnels que sur un travail décoratif, en passant par un travail de contrainte. Le sol devient non pas une limitation mais une base où l’on puisse énergie et force.
  • Tsuri Waza : Travail de suspension. C’est une forme de pratique où le Uke est suspendu. Dans notre étude, nous travaillerons avec des mousquetons et un seul point d’où peuvent partir plusieurs lignes de soutien du corps. Cela permet de faire des formes très visuelles et d’explorer une nouvelle liberté de mouvement. C’est aussi un travail très fin lors duquel la connexion entre Uke et Tori est plus subtile.
  • Ju no Geiko : Pratique Souple. C’est une forme de pratique où la corde vient effleurer la peau de Uke, où les impulsions de Tori sont légères et subtiles, où Tori va essayer de trouver l’organisation naturelle de Uke. Cela favorise le développement de l’écoute.
  • Go no Geiko : Pratique avec fermeté. C’est une forme de travail où la corde est pénétrante, contraignante et directive. Ici, Uke va être mis en difficulté par Tori. Cela favorise le développement de la gestion corporelle.
  • Kazari Waza (ou Kazari Shibari) : Travail de décoration. C’est une forme de travail où l’aspect esthétique (quel qu’il soit) est importante. C’est surtout une façon de détourner l’attention de Uke ou des spectateurs et de cacher le plus important : les émotions d’Uke (ou, bien utilisé, de les amplifier).

Concept de travail

  • Ma – 間 : « “Negative Space”, Pause, Intervalle ». C’est un concept japonais qui peut difficilement être traduit, expliqué. C’est une approche singulière de l’espace temps dans la culture japonaise. Pour en savoir plus lire mon article MA
  • Ma-Ai – 間合い : « La bonne distance, La bonne transition ». Lié à la notion de Ma, Ai représente l’harmonie. Le Ma-Ai est la bonne distance entre plusieurs personnes, objets, états ou temps… Mais aussi la bonne transition entre Ma. Pour en savoir plus lire mon article MA-AI
  • Omote Ura – 面裏: « Omote la partie visible, Ura la partie cachée ». Dans la culture japonaise, chaque objet, être, organisme, acte… possède deux aspects : un aspect Omote et un aspect Ura. Loin d’une vision manichéenne ou dualiste de la réalité, un Omote peut être engendré par plusieurs Ura, et vice-versa. Pour en savoir plus lire mon article OMOTE URA
  • Oku – 奥: « Intérieur, coeur ». Un lieu situé profondément à l’intérieur des choses, loin de leur aspect externe. Oku désigne ce qui se cache derrière plusieurs couches dissimulatrices. Pour en savoir plus lire mon article OKU.
  • Shin Gi Tai : « L’esprit – La technique – L’organisation corporelle ». Shin, Gi et Tai correspondent à trois éléments unis dans la pratique mais distincts dans la conceptualisation. Pour en savoir plus lire mon article SHIN GI TAI.
  • Hana – 花: « Fleur ». Dans les arts japonais un performeur/acteur/pratiquant peut être considéré comme ayant une fleur au fond de lui. C’est une personne investie, dont l’attitude crée une aura particulière. Pour en savoir plus lire mon article HANA.
  • Hara 腹 : « Le centre de l’être », la demeure de nos émotions. Il se situe à peu près au niveau de notre estomac et c’est le point de départ de tout mouvement, toute émotion… La pratique dans notre Dojo se donne comme objectif, entre autres, de le développer.
  • Dojo – 道場 : Le dojo est le lieu (physique ou mental) consacré à la pratique et à la recherche du DO. C’est un espace particulier où l’on se coupe de la réalité ; un laboratoire où l’on simplifie pour pouvoir mieux étudier. C’est un espace où les règles deviennent autres, comme les buts. Pour en savoir plus sur le Dojo Yoroi no Shibari, suivre ce lien.
  • Sensei – 先生 : « Celui qui naît avant» C’est un titre honorifique qui désigne les professeurs, les médecins, les spécialistes, les artistes accomplis… Bien que souvent utilisé par respect social, il est particulièrement approprié aux personnes qui ont développé la compréhension de leur art et capables d’inspirer d’autres pratiquants. Ce n’est pas vraiment un professeur, mais plutôt un maître à penser. 
  • Miyabi – 雅 : élégance, raffinement, courtoisie. C’est une valeur de base de l’éducation aristocratique japonaise. Elle réfère à la recherche d’un idéal où le vulgaire et l’absurde sont effacés : « polir ses mœurs, soigner sa diction, éliminer toutes ses aspérités et sa crudité afin d’atteindre le plus haut niveau de grâce ». Il est la base de tous les arts japonais classiques. De cet idéal découlent les notions suivantes :
  • Iki – 粋: Pureté (du geste/de la composition), simplicité, spontanéité, sophistication et originalité. Il y a dans cette notion la recherche du goût par la manifestation de la sensualité, une pointe de désir de croquer la vie par le raffinement.
  • Wabi-Sabi – 侘寂: Wabi (solitude, nature, austérité, tristesse, dissymétrie) – Sabi (rouille, altération du temps, décrépitude, patine) La notion de Wabi-Sabi peut s’exprimer par une volonté de retour à la simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer l’existence.
  • Yugen – 幽玄 : Grâce subtilement profonde. Elle fait référence au caractère intangible et mystérieux de la beauté.
  • Ensō – 円相 : Un cercle dans la calligraphie japonaise. C’est un exercice quotidien, comme un révélateur du caractère de son auteur. Il symbolise l’illumination, la force, l’élégance, l’univers, et la notion de vide asiatique. Il représente surtout l’approche et l’intégration de ces notions par le “dessinateur” à l’instant. Toute l’esthétique minimaliste japonaise peut le caractériser. J’aime proposer cet exercice vraiment non classique dans mon Kinbaku, remplaçant le pinceau par la corde, le papier par le corps.

Figures

  • Agura shibari : Attaché en tailleur
  • Ashi shibari : Terme générique pour les jambes attachées
  • Futamomo : Jambe repliée sur elle-même
  • Gote Ni no ude Shibari : Rapprochement des mains et des coudes.
  • Gote shibari (boîte) : Harnais de poitrine de base, pour la suspension et beaucoup de travaux
  • Hishi kikkou Shibari : Entrelacements prenant l’aspect d’un diamant
  • Hishi shibari : Entrelacements prenant l’aspect d’un diamant simplifié
  • Katate Shibari (ou Tekubi no shibari) : Premier noeud des poignets
  • Onna suwari shibari : Attaché en position de femme japonaise assise
  • Seiza shibari : Attaché en position assise japonaise formelle
  • Takate kote shibari : Poignets relevés
  • Teppou shibari : Bras inversés en diagonale
  • Ude shibari : Terme générique pour les bras attachées

Culture Japonaise

Religion :

Le Japon a deux religions prédominantes, deux influences, deux modes de pensée. Les deux religions conduisent à des mouvements de pensée qui peuvent sembler antagonistes, mais qui sont aujourd’hui mêlés comme seul les Japonais savent le faire.

  • Le Shintoïsme, religion historique du Japon polythéiste et animiste
  • Le Bouddhisme, importé de la Corée et de la Chine au Vè et VIè siècle de notre ère

Arts Traditionnels Japonais

  • Geidō – 芸道 les différents arts traditionnels japonnais: Noh (能) (théâtre), Kadō – Ikebana (華道) (Arrangement floral), Shodō (書道) (Calligraphie), Sadō (茶道) (Cérémonie du thé), Yakimono (焼物) (Poterie)… Toutes ces disciplines mette en valeur l’aspect éthique et esthétique du processus de création, comme de sa réalisation. Pour introduire la discipline dans leurs entrainements, les combattants japonais (Bushi) ont incorporé les valeurs liées aux arts traditionnels (Geido) dans leur formation. Pratiquer; les arts permettait même l’élévation du guerrier (technique, spirituelle et .. sociale!). Cela a permis de généraliser le raffinement de la culture japonaise dans la plupart des arts, même guerriers.
  • Budo 武道 : La voie de la guerre. C’est l’appellation moderne des pratiques guerrières japonaises. Originellement nommée BuGei (Ou kakuto bugei), puis Bujutsu et enfin Budo. On retrouve dans ces disciplines les valeurs morales et artistiques japonaises. L’un des premiers buts de leur pratique est la transmission de la bonne éducation japonaise.  On retrouve parmi les plus représentatives Aikido (Voie de l’harmonisation des énergie), Iado (Voie de l’harmonie de l’être) , Kendo (voie du sabre). Le Judo et le Karate sont à prendre à part. Le premier à été fortement influencé par son développement sportif, le second est à l’origine un art pour résister à l’envahisseur japonais et à sa culture. La pratique d’un Budo peut avoir un effet très bénéfique sur notre compréhension des cordes et du bondage japonais.
  • Hojojutsu 捕縄術, Nawajutsu 縄術, Torinawajutsu 捕縄術 : Formes de combat avec des techniques de cordes et d’emprisonnement complexes. Arts qui ont bien certainement influencé les techniques de shibari et les fantasmes des Japonais.
  • Shiatsu 指圧 : « pression des doigts » est une technique de thérapie manuelle d’origine japonaise, inspirée du massage chinois, qui utilise des pressions manuelles sur l’ensemble du corps humain. Son utilisation a parfois été mélangée avec le Kinbaku, cela permet de mettre en place un kinbaku très relaxant ou très excitant suivant les points de pression.

Esthétique japonaise

Les valeurs lié au Wabi-Sabi peuvent guider notre compréhension d’une esthétique japonaise :

  • Fukinsei: Asymétrie et irrégularité
  • Kanso: Simplicité
  • Koko: De base, a mûri
  • Shizen: Sans prétention, naturel
  • Yugen: Grâce subtilement profonde, pas évident
  • Datsuzoku: Sans limite de convention, libre
  • Seijaku: Tranquillité.

Vocabulaire de Base

  • Migi : Droite
  • Hidari : Gauche
  • Ue : Haut
  • Shita : Bas
  • Mae : Devant
  • Ushiro : Derrière
  • Naka : Dedans
  • Soto : Dehors
  • Suki : Apprécié
  • Kirai : Abhorré
  • Itai : J’ai mal

Formule de politesse :

  • Onegai Shimasu : Je vous fais une requête (formule de politesse avant le début de la pratique)
  • Domo Arigatoo Gosaimasu : Je vous remercie (Formule de politesse à la fin de la pratique)
  • Gomen, Gomen nasai, Sumimasen : Pardon
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